lundi 18 mars 2013

Tu enfanteras dans la douleur

Je viens de pondre un nouveau membre pour notre famille, et depuis, toutes les femmes qui ont déjà eu un enfant me demande après m'avoir félicitée si ça s'est bien passé, avec une tête affligée d'avance. Alors j'hésite un peu, parce que quand j'ai répondu franchement, j'ai eu des réactions étonnées, un peu moqueuses voir presque un peu aigre.

Mon accouchement a été une expérience spirituelle intense et douloureuse pendant laquelle j'ai appris beaucoup de choses. Voilà.

Après ça j'ai ré ouvert ma bible au tout début et je me suis interrogée sur la nouvelle signification qu'avait pris pour moi ce passage bien célèbre. Et voilà ma conclusion, bon, elle est fortement teintée de mormonisme, puisque pour nous l'épisode de la chute est un grand moment de l'Histoire et pas un drame et Eve une femme élue parmi les plus grands esprits de la création.

La souffrance de l'accouchement n'est pas une punition que portent toutes les femmes pour un péché commis il y a des plombes. Sinon pourquoi les chattes, les chiennes, les chèvres etc. y passent aussi ? Alors que les femelles poisson rouge pondent leurs œufs en éternuant ? Donc il y aurait des femelles non-humaines qu'il faudrait punir et d'autres non. Sans parler de l'aspect "y en a un qui faute, tout le monde prend"... Alors peut-être qu'Eve a douillé plus que nous et que ça ne la concernait qu'elle (Dieu a pas dit "toutes tes filles et leur descendantes", il a dit "toi, Eve"). Peut-être aussi que "tu enfanteras dans la douleur" l'informait simplement qu'elle pourrait à présent devenir mère, et que ça ferait mal... Je n'en sais rien.

Mais comprendre ça quand on est allongée sur une table d'accouchement, câblée et anesthésiée (ou pas), c'est pas possible. Je peux vous le dire aujourd'hui : J'ai plus souffert allongée et sous péridurale pour mon premier de 3kg100, que déclenchée et sans péridurale, mais libre de faire ce que je voulais pour mon deuxième de 3kg750 avec son énorme tête. Et toutes celles qui savent ce que veut dire "déclenchée" doivent faire des yeux ronds. Le déclenchement c'est connu pour être beaucoup plus violent, douloureux et risqué qu'un travail naturel. C'est le genre d'accouchement où tu augmentes le risque d'extraction instrumental, de césarienne d'urgence, de déchirement (et c'est pas un lobby de cinglées accoucheuse en foret qui dit ça, c'est l'OMS). Souriez, vous venez d'avoir un bébé. La sage femme était un peu flippée quand elle a posé la perf sans avoir fait poser la péridural. "Vous êtes sûre ? sûre sûre ? sûre sûre sûre ? Parce que vraiment, ça fait beaucoup beaucoup beaucoup plus mal". On avait un deal, je tentais sans et si je tenais plus on appelait l'anesthésiste. On a eu un deal un peu pareil à la fin : Tu coupes pas, et si ça déchire un peu c'est pas grave. (Et ça n'a pas déchiré)

Alors vous attendez la recette miracle ?
Chaque chose que vous pouvez faire pour calmer la douleur favorise le travail et donc l'accélère. Ça c'est la bonne nouvelle. La mauvaise c'est que j'ai dû faire cinquante trucs différents, tous plus incongrus les uns que les autres dont on m'avait jamais parlé. Et pour celles pour qui se mettre à quatre patte pendant une contraction est le bout du monde en terme d'humiliation et de lâché prise, je suis désolée de vous informer qu'il y avait des trucs encore plus bizarres.

Anecdote marrante et racontable : Quand ça a commencé à être très très dur à gérer, je me suis poliment excusée au près de la sage femme, l'informant que j'allais hurler un bon coup. Et j'ai hurlé, ça a duré 30 secondes d'un truc qui ressemblait à une Caraba qui se fait arracher son épine (confer Kirikou, quoi , c'est un classique, non ?). Et tout ce temps la douleur n'existait plus. Je l'avais pas oubliée, reléguée ou quoi que ce soit : Je n'avais plus mal. L'instant d'avant on me cassait un bras, l'instant d'après je testais la capacité de mes poumons et rien de plus. Autant dire que j'ai hurlé tant que j'ai pu pour les contractions suivantes, jusqu'à ce qu'on vienne me supplier d'arrêter parce que je terrorisais toutes les primipares qui étaient en train d'accoucher à côté. (Bon, ça a peut-être sauvé mes cordes vocales...) Entre ce moment où j'étais dilatée à 4 et celui où on m'a posé mon fils sur le ventre il s'est passé un peu moins d'une heure. Celles qui ont déjà accouché ouvrent encore des yeux ronds. Je suis pas une fille qui accouche particulièrement vite, mon premier était un poil au dessus de la moyenne en terme de longueur d'accouchement, là c'est pas vite, c'est un accouchement éclair.

Bref, la douleur a un but, c'est un guide. Calmer la douleur aide le corps dans le processus de la naissance. (Et puis bon, calmer la douleur, ça calme la douleur, merci captain obvious)

Le deuxième but de la douleur, c'est de provoquer la sécrétion massive de toutes les hormones qui permettent que le corps survive, que le coeur tienne (l'accouchement vous transforme en sac d'endorphine... En fait on devrait avoir plus mal encore. Je sais, c'est pas croyable quand on y est de se dire que ça pourrait être pire). Parce que soyons honnêtes, c'est l’épreuve sportive de survie la plus intense de toute votre vie. La preuve en est, le stade de la désespérance qui se produit juste avant la fin de l'expulsion : La mère se sent soudainement dépassée, c'est une souffrance mentale violente (que j'ai vécu tout en la reconnaissant, très bizarre de se dire "je suis désespérée, mais c'est seulement chimique"). Le corps répond en sécrétant un shoot d'adrénaline pour le sprint final. Sans ça, l'épuisement vous laisserait avec une voie pour faire passer le bébé, mais pas de force pour le faire descendre.

Et troisième but de la souffrance : Le deuil. La douleur joue un rôle dans le deuil de la grossesse. Vous avez passé 9 mois enceinte, psychologiquement il faut passer à autre chose. Alors j'ai aucune idée du pourquoi du comment, mais apparemment ça a un rôle. Vous serez surpris d'entendre le nombre de femmes qui ont eu du mal à faire la transition.

Donc expérience spirituelle sur la perfection de biologie, mon rôle de mère, la force dont on dispose miraculeusement (et aussi parce qu'on prie vachement plus quand on a besoin d'aide) et pour la réalisation d'une promesse reçu pendant une bénédiction. Et intense et douloureuse, un accouchement quoi.

Après, je fais ma warior, la vérité c'est que quand on m'a dit alors que ça devenait absolument insupportable -juste avant que je fasse mes vocalises viking- "vous êtes à 4" (sur une échelle de 1 à 10 pour ceux qui y sont pas encore passés, 10 c'est le moment où commence le fameux "poussez madame") et que je me suis souvenue que pour mon premier accouchement à 4 j'étais à 6 heures de la fin j'ai dit "allez, c'est bon, posez-moi la péridurale". Ce que je savais pas c'est que le temps qu'ils viennent, qu'ils me parlent comme à un bébé ou comme si j'étais pas là, que je leur réponde méchamment, qu'ils me posent des questions sur mon état civil histoire de me faire sortir de l’émotionnel, qu'ils apprennent que dans une autre vie j'étais ingé et que j'avais déjà un autre mioche, que tout d'un coup je sois plus pour eux une roms qui gueulait (que c'est petit) mais une respectable madame juste à poil sous sa blouse, qu'ils me parlent de leur propres études, qu'ils me pose le truc, qu'ils m'allongent de force me faisant connaitre l'épisode le plus insupportablement douloureux de ma vie, que je les maudisse tous mentalement sur cinq générations et qu'ils m'annoncent "dans un petit quart d'heure ça devrait faire effet", fiston avait engagé sa tête et commençait sa descente.

J'ai donc eu un accouchement naturel/médicalisé/sans/avec péridural. Je suis trop forte.

vendredi 8 mars 2013

La femme chez les mormons

Journée de la femme. Je commence donc un nouveau projet. Allez-y, dites moi de me trouver un nouveau hobby, parce que je vous parle ENCORE des femmes et ENCORE des mormons.

On parle de la condition de LA femme, comme s'il y en avait qu'une. Alors comme j'ai régulièrement des gens qui atterrissent ici en tapant "condition de la femme chez les mormons" et autres variantes, je me suis dit que ce pourrait être intéressant de montrer ce que sont les femmes mormones dans leur diversité. La première de toute étant celle qui me tombait sous la main : Ma mère. Parfois à fond dans le cliché (sept enfants), parfois à son opposé, pas spécialement féministe mais fière d'être femme, voici la première d'une série que j'espère longue : Sylvie.

Je ne voulais pas faire dans l'opinion, mais dans le vécu, concrètement et sur plusieurs points. On parle de femme au foyer, de contraception et de vie religieuse.


mardi 5 mars 2013

Ubu roi, fonctionnaire de la sécu, suite

Bon, parce que j'ai reçu beaucoup de manifestations d'empathie, je vous donne la suite de l'histoire. Alison m'avait conseillé d'y aller en vrai et de ne plus téléphoner. Donc c'est chose faite. J'ai passé deux heures à attendre mon tour, en me disant que j'allais devoir être aimable et ferme. Quelle agréable surprise que de tomber sur une personne souriante, avenante, qui a tout de suite compris où était l'urgence sans même que je lui explique en détail. Donc je viens témoigner : Oui, il y a des gens qui font un boulot formidable à la sécurité sociale. On m'a renvoyée chez moi en me disant qu'on m’appellerait dès que le dossier serait fait pour que je vienne chercher mon attestation de droit.

Au passage, "les professionnels de la santé peuvent vous faire crédit" n'a pas vraiment été le moyen d'exprimer de l'empathie, mais plutôt "je comprend que vous ayez pu être angoissée à l'idée de devoir faire un chèque pour accoucher"... Tiens, tiens, c'est ce qui aurait pu m'arriver ?

Coup de fil pour me dire de venir chercher mon attestation de maternité où on me précise bien "ne prenez pas de ticket cette fois-ci, vous êtes prioritaire", je passe donc, toute guillerette.

Alors, je vais pas vous faire une description détaillée de ce qui m'est arrivé. Il me suffira de vous dire que la personne qui m'a reçue avait pour mission divine de me rappeler que sa collègue croisée le matin était une espèce rare, puisque quand je suis rentrée l'échange a commencé comme il suit :

"Mais moi madame, personne ne m'a appelé pour me dire que quelqu'un viendrait sans ticket en passant devant tout le monde demander un document dont je n'ai jamais entendu parler, "l'attestation de maternité" ça n'existe pas. Et puis, si je puis me permettre, si vous voulez toutes les attestations du monde, il vous suffit d'utiliser votre carte vitale, comme tout le monde."

Je remercie donc Rachel, qui m'a permis de me rappeler que quand on avait de mauvaises pensées et de mauvais mots en tête, on fermait sa bouche. J'ai été a-do-ra-ble avec le monsieur, l'ai remercié pour son excellent travail et lui ai souhaité une bonne journée une fois le fameux papier imprimé. Mon fils n'existe toujours pas, mais je suis à nouveau enceinte, et à nouveau rattachée à une caisse qui existe.

Ce soir, je vais prendre mon cahier à merci, et j’écrirais en gros, gras et majuscule : Merci pour cet ange céleste croisée un matin après deux heures d'attente à la sécu (je rigole, mais je me sens super bénie, imaginez ce qui se serait passé si les rencontres avaient été dans l'autre sens).

dimanche 3 mars 2013

Ubu roi, fonctionnaire de la sécu

Fin de droit sécu étudiante, je dois basculer et changer de région par la même occasion. Les démarches commencent, par internet, parce que c'est chouette. J'imprime tous les papiers, et puis on va comme des grands au centre sécu le plus proche. Je croyais que j'étais en retard, en fait, écrit en tout petit, était écrit que j'étais vachement en avance. Mes droits se finissent le 31 décembre 2012. On était en novembre 2012.

J'ai toutes les pièces du dossier, vous croyez qu'on me les prend gentiment et qu'on me dit qu'on fera les changements le temps venu ? Non, revenez, avec les mêmes papiers, quand vos droits seront terminés.

Alors je reviens en janvier 2013. Là je rencontre une dame qui a l'air de traverser une profonde dépression, je dois insister pour lui donner les papiers qui sont demandés (genre mon attestation de grossesse), pour qu'elle ne rature pas ce qu'on avait rempli avec une autre employée quelques mois plus tôt et qu'elle comprenne de quoi il s'agit (oui je suis mariée, oui j'ai un fils qui est rattaché à moi, non je n'ai pas d'emploi et je suis mère au foyer). Et là elle me dit : "Il faudra attendre quinze jours madame"
Je lui fait remarquer que je suis enceinte, que j'ai un tas d'examens obligatoires qui tombent chaque mois. Réponse de l’intéressée : Il fallait venir plus tôt.

Tout va bien, je respire par le nez, lui fait remarquer que le 1er janvier, c'était férié et qu'en fait, je suis déjà venue en novembre. Ben pas sa faute à la brave madame, elle sait que c'est compliqué, mais je dois garder bien mes feuilles de soin pour le moment et attendre mon courrier. Je souris, dit bonne journée et j'y vais. Elle a l'air tellement mal dans sa peau, je lui en veux à peine parce que la pauvre, bref...

Alors j'attends. J'attends mon courrier et en attendant, je sort la carte bleue et garde précieusement mes feuilles de soin. Quinze jours se passent. Rien. Cette fois, j'appelle. Quinze jours seulement ? Attendez encore quinze jours, ça peut prendre du temps.

J'attends quinze jours, et je rappelle. Même topo. Mon dossier est en attente. Alors là je commence a expliquer que je suis enceinte de huit mois, que techniquement je peux accoucher à n'importe quel moment et que j'ai déjà avancé 350€ en divers examens. J'avais négocié de pas les passer parce qu'ils me saoulent, qu'ils servent à rien et que là j'avais une excuse en or : "ça coûte cher vous savez", et on me répondait en souriant que les professionnels de la santé me feraient crédit. Mais bon, j'aime pas les crédits, j'aime pas être décalée dans ma trésorerie, alors j'ai bien 350€ à ce moment qui ont été payés.

Les 350€, passe encore, par contre, un accouchement, je suis moyen sûre que ça passe aussi facilement (3000€ aux dernières estimations). Et puis ça me fatigue, alors j'ai la voix qui tremble un peu en disant tout ça. La dame au bout du fil me fait patienter quelques secondes. Bonne nouvelle : Je peux envoyer mes feuilles de soin et ... ne vous inquiétez pas, les professionnels de la santé peuvent vous faire crédit. Expliquez votre situation à l'hopital, ils comprendront, d'ailleurs je vous envoie une attestation de droit.

Je reçois une attestation de droit. Et miracle, le labo me dit que ma carte a été mise a jour. Seulement, je ne suis plus enceinte et mon fils a disparu de la circulation. Il n'existe plus sur ma carte. Je n'envoie pas mes feuilles de soin.

Les quinze jours sont passés, je rappelle pour qu'on parle un peu du léger soucis. J'aimerais savoir s'ils considèrent que c'est bon ou que c'est juste en attendant que mon dossier soit complètement traité. Comme d'habitude on me dit "attendez encore une quinzaine de jour, c'est dans les tuyaux". Je re-explique mon cas. Parce que là il y a pas de doute, dans quinze jours, j'aurais accouché. Merveille, on me répète la même chose (les professionnels de la santé peuvent vous faire crédit), et on me précise d'attendre pour envoyer mes feuilles de soin, que heureusement je n'ai pas encore envoyées (que je vais finir par leur filer en recommandé, parce que à plus de 400€ de frais de santé, ça fait risqué le courrier en mode normal, faudrait pas que les fonctionnaires de la postes soient aussi compétents que les fonctionnaires de la sécu...)

Aux dernières nouvelles, à l’hôpital j'ai appris que non seulement je ne suis plus enceinte, mais que je suis rattachée à une caisse d'assurance maladie qui n'existe pas et j'ai reçu un courrier hier : Veuillez nous envoyer votre carte vitale pour qu'on vous en fabrique une nouvelle.

Dans une semaine on déclenche l'accouchement, je suis sensée ne même plus avoir de carte vitale pour justifier du délire de l'administration, juste un papier qui dit qu'en janvier, j'avais des droits dans une caisse qui n'existe pas. Vous croyez que si j'envoie la carte demain, que le bébé attend au chaud jusqu'au bout, je pourrais me pointer la bouche en cœur avec une carte flambant neuve mise à jour ? Ce qui me fait légèrement flipper c'est que la dernière fois que j'ai dû changer de carte vitale, il s'est passé deux mois avant que je l'ai. Alors six jours, j'ai comme un gros doute.

J'ai pris mon cahier à merci et j'ai écrit en gros, gras, majuscule : Merci pour la sécurité sociale quand elle marche bien.

PS : Je raconte ma vie en mode grosse frustration. Mais pour ceux qui vont flipper pour nous en se demandant si il faut faire une levée de fond, je précise que vivre comme des gros radins a l'avantage de nous laisser de marbre devant un tel incident. C'est juste notre épargne voiture qui est en train de se prendre un gros coup dans l'aile gauche. Si vous voulez vraiment faire quelque chose, vous pouvez à la limite prier pour que notre brave voiture ne décide pas de nous lâcher maintenant :)
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