vendredi 23 juillet 2010

mère étudiante

Le statue de mère étudiante n'existe pas. Dans le monde du travail la femme qui devient mère a des droit. Quand elle étudie elle n'en a pas. Alors quand on tombe enceinte il y a trois solutions : On arrête les études, on se débrouille toute seule, on va négocier avec l'administration.
Je connais une fille qui a fait toute sa scolarité sans que l'équipe enseignante ne se doute même qu'elle était enceinte puis mère. Ce n'est pas mon cas. Voilà un bref récapitulatif de ma scolarité, en bac+4, en école d'ingénieur.

Septembre : Je suis enceinte de 3 mois, je contacte le directeur de département pour l'informer de ma grossesse et lui demander un aménagement de ma scolarité.

Octobre : Le directeur de département me propose de faire un congé maternité pendant le deuxième semestre. Il sera fait l'année suivante. Le premier semestre sera comptabilisé, donc si je le réussi, le serait en stage le premier semestre de l'année suivante. Il m'assure que mon droit de redoublement n'est pas utilisé (en école d'ingénieur on a droit qu'à une année redoublée sur les trois ans).
Cela ne me convient pas pour des raisons de calendrier (l'année prochaine, mon mari est en stage en Russie le deuxième semestre. Aucune envie de jouer les mères célibataires pendant trois mois), on discute donc d'une deuxième solution.
Au final, je suis dispensée de cours magistraux et de TD pour le deuxième semestre. Je révise les devoirs de chez moi grâce à l'aide d'étudiants qui m'envoie les cours, et on me supprime les deux tiers des TP. Les plus importants seront faits à la fin de l'année, un mois après mon accouchement. Les projets en groupes sont maintenus, et les matières qui sont faites sous formes de conférences et d'ateliers en groupe (communication, culture internationale) sont remplacées par une étude et analyse d'ouvrages traitant du sujet.

Janvier :Je suis en congé pathologique : le col commence à se raccourcir, je n'ai plus le droit de sortir de chez moi. J'ai un arrêt de travail qui ne signifie pas grand chose. Je rate les premiers cours que je commence à recevoir chez moi.

Mars : Je passe mon premier examen, 11 jours avant mon accouchement. Une vrai réussite d'ailleurs, gloire à moi et à mon 17/20...
Mon fils né, accouchement cool (j'ai le droit de le dire que parce que j'ai accouché, hein ! Le premier gars que j'entends dire qu'un accouchement est cool, je lui dévisse la tête. Accouchement cool ça veut dire pas d'episiotomie, que deux points de suture, une peri qui marche et un chouette bébé en bonne santé).

Avril : Premier devoir, je suis hospitalisée peu de temps après pour une vilaine infection, je rate le deuxième devoir, puisque pendant que les autres grattent, j'agonise sur un lit d'hôpital. Pendant dix jours mon mari qui a ses vacances scolaires garde notre fils qui a donc été sevré brutalement.
Je sorts de l'hôpital, recommence à l'allaiter - dure de reprendre quand la lactation a complètement cessé- et me remet au travail.

Mai : Mon mari part en stage à l'autre bout de la france, j'enchaine les projets à finir, les TP et les devoirs sur table, avec une présence à l'école trois jours par semaine . Deux amies se relaient pour garder mon fils pendant ce temps. L'une est en congé maternité, l'autre fait une maitrise est en train d'écrire son mémoire en même temps. Je passe l'examen que j'ai raté pour cause médicale (du rayonnement thermique) avec mon fils sur les genoux. Au total six projets, cinq devoirs en un mois. J'allaite toujours mon fils, donc montées de lait pendant des présentations orales (honte de ma vie), et toilettes crasseux pour désengorger les seins. Mon fils arrête de faire ses nuits à partir du jour où son père est parti. Je n'arrive toujours pas à avoir assez de lait pour avoir un allaitement maternelle exclusif. Les mères célibataires montent de dix points dans mon estime.

Juin : Je parts moi même en stage, libération : j'habite le temps du stage chez mes parents à qui je confie mon fils pendant la journée. Mon mari est là. Je peux à nouveau me passer de lait en poudre. Je tire mon lait au travail et découvre que chaque seconde du week end est précieuse pour la famille.

Effet des hormones

J'ai développé une petite théorie sur la raison de ma période zen. Quand j'étais enceinte, j'étais calme, sereine. J'étais un petit canard barbotant gentiment sur les eaux calmes de la vie. Tout me glissait dessus. Il faut dire que je suis assez masculine, d'un caractère dominateur parfois assez tyrannique, et pour répondre aux stéréotypes je suis une matheuse, je ne tourne pas les cartes routière quand je les lis, et j'assume tout à fait ma moustache. Donc les hormones de ma grossesse ne m'ont pas rendue soupe au lait, ou hystérique (notez bien hystérique -> du grec « hustera » (utérus)... très féminin il parait).
Elles m'ont juste rendue un peu plus féminine. D'ailleurs j'ai perdu ma moustache pendant ma grossesse. Youpie je suis une princesse.
J'aimais bien les bébé canards aussi, et les bébés moutons, et les bébé chats. Pas les bébés dauphins quand même, ni les bébé chevaux, hein !

La sorcière devint mère ou petit résumé de 9 mois de grossesse

Les maux de la grossesse. J'en parle parce que les gens ne savent pas. D'une femme à l'autre, et même d'un bébé à l'autre, ça change. Je tiens à m'indigner : on m'aurait lâchement menti : non ce n'est pas que du bonheur, loin de là même. D'ailleurs en regardant les photos je m'insurge : mais où est la "femme-enceinte-si-raduiseuse", je ne vois qu'un petit gnome tout rabougris...
Les trois premiers mois ou l'attaque de l'alien.
Je ne dors plus, du tout. Pas moyen de fermer l'œil. Dans cette situation on a envie de butter le frigo qui fait du bruit, le mari qui grince des dents et l'horloge qui fait tic tac.
Je suis épuisée, mais ce n'est pas le manque de sommeil, non. Un déchet sur le canapé, voilà ce que je suis. Une des périodes les plus culpabilisante de ma vie, l'impression d'être la plus abjecte feignasse que la terre ait porté. Pour vous donner une idée, la perspective de se lever du canapé pour aller prendre un verre d'eau à deux mètres semble si épuisante, que la décision est prise après une longue délibération interne , on se tâte, on réfléchie. Vais-je me lever pour étancher ma soif? Non je préfère attendre un petit peu...
Je pourrais être chien policier: j'ai une truffe de X men. Planque une rondelle d'oignon dans un frigo fermé, je le sens. à ce stade tout pue, les gens dans la rue, moi, la nourriture, la salle de bain...
Les trois mois suivants sont une libération : tout d'un coup on se rend compte que l'état de loque insomniaque n'est pas un état normal, et même mieux, que ça s'arrête un jour, brutalement, en une semaine je recommence à pouvoir parcourir 100m sans mourir d'épuisement, et même les odeurs commencent à s'envoler, loin. On retrouve son nez aveugle, la joie !
Mais c'est la phase deux de l'attaque : Les abdominaux commencent à se détendre. Et bien sachez messieurs dames, que les abdos ça sert à pas mal de chose. Se lever de son lit par exemple, ou même d'une chaise. Courir aussi, ça utilise les abdos. Autant vous dire que je suis devenue trèèèès ponctuelle, parce que ma course quotidienne après le bus c'était plus possible.
C'était aussi la phase très désagréable où les gens pensent juste que tu es une grosse patate mal fichue (du ventre, des fesses, sur des petites guibolles, c'est la classe internationale). C'est aussi le moment où tous mes rêves se sont effondrés concernant les vergetures. Quand on prend deux tailles de soutif, on peut duiduiler* comme on veut, ça craque de partout.
Les trois derniers mois c'est ceux où tu marche tout doucement, où tu es énorme, et où tu t'es résignée à porter des vêtements de grossesse parce que même la braguette ouverte, tu rentre plus dans aucun de tes jeans. ça donne donc une periode où tu es soi magnifiquement vêtue de ces superbes tuniques et robes spécialement crée pour les baleines comme toi, soi très très ringarde avec les jogging qui te vont encore et les tee-shirt de sport XL de ton mari.
Aigreur d'estomac, nous voilà. C'est également une période magnifique où le petit pain qui est dans ton four a fait déménager ton système digestif ailleurs voire si il y est.

Mais ma grossesse ça a aussi été les petits coups de pieds de l'alien que j'ai fait découvrir avec tendresse à mon mari, neuf mois de zenitude intense plein de projet de photo qui ne se sont jamais fait et l'entrée dans une nouvelle communauté : celle des mamans.




*duiduiler, verbe issu du jeu de mot à deux balles : les culturistes enduits d'huile- les culturistes en duiduile... Le "duiduile" est donc un slibard et "duiduiler" signifie enduire d'huile. Cherchez pas.
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